đ La fille du vent et des Ă©toiles
Conte initiatique pour une Ăąme venue du ciel profond
Il y a des enfants qui naissent en sachant quâils viennent dâailleurs.
Mais ils ne savent pas dâoĂč.
Et ce mystĂšre silencieux sâinstalle en eux
comme une soif quâaucune eau ne sait Ă©tancher.
Une tension constante entre le ciel et la terre.
Un petite fille adoptée grandit dans un village enfermé entre des collines sans nom.
Un lieu calme, silencieux, prévisible.
On y parlait Ă voix basse.
On aimait que les jours se ressemblent.
Mais elle ne ressemblait Ă rien de ce qui lâentourait.
Elle posait des questions que personne nâosait poser.
Elle regardait lâhorizon plus souvent que le sol.
Et parfois, ses mains semblaient brĂ»ler de ne pas crĂ©er quelque chose qui nâexistait pas encore.
Elle ne pleurait jamais bruyamment, mais on la sentait bouillonner.
On disait quâelle Ă©coutait le vent parler des mondes dâavant et dâailleurs
Plus elle grandissait, plus quelque chose en elle cherchait.
Pas la gloire.
Pas la place.
Mais le sens.
Elle voulait comprendre pourquoi elle était comme ça :
si vive, si loin, si intense.
Elle voulait se lire. Se décoder. Se traverser.
Un jour, elle trouva un vieux livre â ou peut-ĂȘtre le livre la trouva,
un grimoire de ciel et de symboles,
oĂč les planĂštes nâĂ©taient pas que des astres,
Ce fut comme si quelquâun avait mis des mots sur ses silences.
Comme si la carte quâelle cherchait depuis toujours lui apparaissait de lâintĂ©rieur.
Ce jour-lĂ , elle entra en astrologie comme on entre dans un sanctuaire :
non pas pour prédire, mais pour se retrouver.
Elle comprit alors quâelle ne pourrait pas rester.
Que ce monde trop étroit ne saurait abriter sa vasteté.
Un matin, les anciens la firent venir.
Le plus vieux la regarda longuement, puis dit, dâune voix sans colĂšre :
Il y a dans ton regard un feu que ce sol ne sait pas porter. Tu ne peux pas rester ici. Pas parce que tu dĂ©ranges⊠mais parce que tu dĂ©bordes. Va. Et trouve lâespace qui saura tâaccueillir sans te rĂ©duire.
Elle baissa les yeux.
Pas de peur.
Mais parce quâau fond, elle attendait cette phrase depuis toujours.
Elle prit sa cape tissĂ©e dâĂ©clats de nuit
son bĂąton quâelle nâavait jamais plantĂ©
un fragment dâĂ©toffe froissĂ©, trouvĂ© dans un rĂȘve sur lequel personne ne voyait rien, sauf elle.
Lorsquâelle le touchait, les directions se dessinaient dâelles-mĂȘmes.
Elle marcha longtemps.
Plus loin que les cartes.
Plus loin que les mots.
Elle traversa un désert sans fin.
Le sol était dur comme la vérité.
Le ciel, sans ombre.
Mais elle continua.
Sans se détourner.
Puis elle entra dans des cités suspendues au-dessus du vide.
On lui offrit des mots bien faits, des rĂŽles flatteurs, des vĂ©ritĂ©s prĂȘtes Ă porter.
Elle faillit sây dissoudre.
elle sentit en elle une brûlure familiÚre.
Elle se souvint alors :
Elle nâĂ©tait pas venue pour plaire, mais pour avancer lĂ oĂč personne nâosait poser le pied.
Et elle repartit.
Encore.
Enfin, elle arriva devant une porte noire, sans poignée, ni serrure.
Elle comprit que câĂ©tait la derniĂšre.
Pour lâouvrir, il fallait dĂ©poser tout ce quâelle croyait devoir ĂȘtre.
Elle hésita.
Mais une voix en elle â douce comme une Ă©toile â lui souffla :
Ce que tu dois offrir au monde nâest pas ce que tu sais. Câest ce que tu deviens.
Elle posa alors son savoir, sa fierté, ses plans, ses raisons.
Et la porte sâouvrit.
On ne sut jamais vraiment quand elle revint.
Mais un matin, on sentit quelque chose dâautre dans lâair.
Le vent changeait de direction.
Les enfants posaient plus de questions.
Et dans le silence du puits, on entendait une chanson ancienne â quâon croyait oubliĂ©e.
Elle, on la voyait parfois passer.
Elle passait sans se faire remarquer,
mais derriĂšre elle, des choses se mettaient Ă bouger.
Les gens reprenaient un chantier abandonnĂ©, une parole oubliĂ©e, un rĂȘve enterrĂ©.
Ceux qui la croisaient reprenaient soudain leur marche.
Non pas parce quâelle les avait guidĂ©s,
mais parce quâelle leur avait montrĂ©
quâil Ă©tait possible dâhabiter ses questions.
Et dâincarner ses rĂ©ponses
On ne se souvenait pas de ce quâelle avait dit.
Mais quelque chose, en soi, sâĂ©tait remis Ă circuler.
Et certains, plus tard, disaient en souriant :
Elle a ouvert son ciel. Et depuis, nous ne marchons plus tout Ă fait seuls.